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samedi, 01 février 2014

La médecine de proximité est-elle en danger ?

Jean Charles Clérice vous invite à vous pencher sur les réflexions suivantes

La santé de proximité ,un dossier crucial dont devront s’emparer les prochains élus municipaux .

Nous avons tous entendu parler de désertification médicale, nous l’imaginons tous dans les zones de montagnes où rurales très éloignées . Dans les faits cette désertification est aussi dans les banlieues et dans les villages à la périphérie des villes. Pour s’en convaincre , il suffit d’écouter les conversations dans la salle d’attente des médecins de Creissan .Les patients viennent de tous les villages alentours voir de Saint Chinian. Si la situation est actuellement moins tendue avec l’arrivée de nouveaux médecins sur le secteur , le problème reste entier et devrait se durcir dans les années à venir .











Les prochains élus vont à voir un rôle à jouer pour maintenir et promouvoir l’offre de service de santé de proximité . Au même titre que l’école la santé de proximité est essentielle pour une communauté villageoise. Cette situation a pour origine des causes qui sont d’ordre démographique, sociologique et économique.
Du point de vue de la démographie : La moyenne de durée de vie a sur ces 30 dernières années considérablement augmentée ( environ 15ans) et avec les enfants de bas age , les personnes âgées sont les plus gros consommateurs de soins. Sur le village contrairement à ce que l’on pourrait penser avec la multiplication des constructions neuves , la population entre les deux derniers recensements a fortement vieillies (entre 2003 et 2009 ) avec comme corollaire des besoins en soin en augmentation.

Parallèlement on perd en France environ 6000à 8000 médecins par an . Pour le département de l’Hérault dont la population croit fortement , les médecins généralistes inscrits au conseil de l’ordre étaient en 2007 de : 1324 en 2013 de : 1261 et estimés pour 2018 à :1218 . Tous les bassins de vie on vue leur effectifs de médecins baisser sauf le bassin de Montpellier. L’age moyen des praticiens généralistes est pour le département de
52ans .Ces données montrent la tension que l’on observera dans les années à venir entre des besoins croissants et un nombre de médecins en forte diminution.

Il est admis qu’il faut environ 12 médecins généralistes pour 10000habitants et chaque médecin est générateur de 10à 12 emplois induits (infirmiers, para médicaux , transports sanitaires etc….)
L’équilibre entre besoins de médecins et étudiants en médecine passant leurs doctorats devraient avoir lieu aux alentours des années 2030. Il ne suffit pas comme le proclame certains , d’augmenter le numerus clausus pour régler le problème .On peut remplir les amphithéâtres des facultés ,encore faut il disposer de suffisamment de places de stage pour accueillir les 7500 étudiants actuellement en formation
.
Du point de vue sociologique

La pratique de la médecine a beaucoup évoluée au cours des dernières décennies . Les médecins souhaitent exercer dans une équipe médicale en cabinet de groupe et majoritairement en ville. Mais c’est surtout le statut de médecin libéral qui ne fait plus recette. Un médecin de Carcassonne témoignait en conférence de territoire : sur les 11 internes stagiaires qu’il a accompagnés dans son cabinet au cours de l’année 2011 aucun ne souhaitait s’installer en libéral comme généraliste privilégiant un statut de médecin salarié . Pour 2012 les inscriptions au conseil de l’ordre de l’Hérault des nouveaux médecins comme généraliste libéral est de 8,6% (elles étaient de 10% en 2009 et de 50% dans les années 80). Les radiations pour cessation d’activité concernent pour 78% les
médecins libéraux . La féminisation de la profession et la nécessité de résider à proximité des bassins d’emploi pour le conjoint non médecin sont des facteurs qui accentuent la problématique.L’origine socio- culturelle des étudiants en médecine est un autre élément pour expliquer le peu d’attrait pour les zones rurales .Pour passer le concours d’accès en deuxième année d’étude il est quasiment impératif de suivre parallèlement aux cours de la faculté une préparation à ces concours . Ces préparations ont un coût élevé et de fait cela exclu de ces cursus les étudiants d’origine modeste . Pour s’en convaincre ,il suffit de consulter le bilan de 2011 de l’affectation des bourses d’étude . L’état a institué une bourse d’étude équivalente smig à partir de la deuxième année de médecine , en contre partie d’un engagement d’installation pour 4ans en zone sous dotée en médecin. Pour 400 bourses proposées 130 étudiants ont fait une demande . On peut en conclure pour l’année
2011 qu’une majorité d’étudiants en médecine ont des familles qui peuvent subvenir à leurs besoins au cours de ces longues études. Pour compenser ce problème la faculté de Montpellier à institué depuis 2012 pour les étudiants de première année boursier un cursus complémentaire afin de maximiser leur chance de réussite au concours.

Du point de vue économique

Les revenus d’un médecin libéral ne sont de 4000.00€ mensuel ( moyenne nationale) , néanmoins en regard du niveau d’études(environ 10ans) ,de l’implication personnelle et des charges à couvrir (notamment le coût des assurances pour responsabilité) ces revenus sont pour les jeunes médecins souhaitant s’installer relativement modestes en regard de ceux qu’offre un statut de médecin salarié . De plus une installation oblige à un
investissement financier important sur du long terme ( locaux, matériels et instruments médicaux, véhicule professionnel etc. )

 Ces éléments ont des impacts et expliquent pour une part les difficultés actuelles et à venir. C’est sur ce volet que l’action des municipalités sera la plus pertinente , notamment en ce qui concerne l’immobilier .

Les perspectives de solutions

Elles vont se trouver dans une concertation et une profonde modification des pratiques médicales.Pour soulager les médecins des visites répétitives l’agence régionale de santé Languedoc Roussillon a ouvert depuis janvier 2013 la possibilité pour les médecins de faire appel aux infirmiers(ères) prescripteurs. Sous couvert et en coordination avec le médecin traitant les bénéficiaires de prise en charge A.L.D les visites de contrôle se font par des infirmiers autorisés à délivrer des ordonnances . Cette pratique est déjà en place
concernant le contrôle des diabétiques .Les pharmaciens sont autorisés depuis 2011 à établir les prescriptions.
Cela concerne beaucoup de monde notamment parmi les personnes âgées. Le statut d’infirmier prescripteur existe déjà depuis plus de 10ans en Espagne et au Québec avec un fort taux de satisfaction.

La télé médecine vient aussi au soutient des généralistes . A Durban (Aude) le centre médical est équipé d’un appareil de radiologie et les clichés sont interprétés en temps réel par un radiologue de l’hôpital de Narbonne .Ce dispositif permet au médecin généraliste de poser plus rapidement son diagnostic et évite au patient de longs trajets . Le 7 janvier 2014 un contrat local de santé à été signé entre le Pays haut Languedoc et vignobles (dont la commune fait partie) et le centre hospitalier de Béziers pour la mise en place d’un dispositif de télémédecine notamment dans les spécialités de psychiatrie, dermatologie et cardiologie. Les exemples sont nombreux de ces évolutions en cours.

On va voir apparaître dans les années à venir de nouvelles professions d’auxiliaires médicaux .Par exemple des coordinateurs de prise en charge de soins pour le maintien à domicile qui sous couvert du médecin traitant auront la charge de cordonner les différentes interventions sociales et para médicales au domicile du patient.Tout ceci montre que les médecins vont devenir de plus en plus des animateurs d’équipes pluridisciplinaires, la pratique de leur métier se modifie mais aussi que les moyens dont ils vont devoir disposer doivent évoluer.

On parle de plus en plus des maisons de santé , concept très ancien inventé par le front populaire en 1936 ,. L’exemple de la maison de santé d’Axat dans l’Aude est parlant. Le dernier médecin exerçant devait partir en retraite sans perspective de remplacement. Devant cet état de fait il a décidé en partenariat avec la municipalité ,la région , l’agence régionale de santé et la caisse d’assurance maladie de monter une maison de santé dans des anciens locaux d’EDF. Aujourd’hui dans cette maison de santé sont installé un nouveau
médecin , des infirmiers, un kiné, un dentiste , un opticien et un transporteur médical. Prochainement devrait s’ouvrir une pharmacie . En plus du fait de maintenir un médecin sur cette petite ville excentrée , une entité économique s’est crée.

 L’accès aux soins de proximité sur le village est un besoin vital pour chacun d’entre nous c’est aussi pour la communauté un formidable facteur de développement et nos élus d’aujourd’hui et de demain devraient bien mesurer l’intérêt structurant et économique que représente la présence de ce cabinet médical sur la commune. La présence de trois médecins, c’est un potentiel de plus de trente emplois pérennes sur leur secteur d’intervention .Les nouveaux élus devront mettre en œuvre les moyens pour accompagner ce centre médical dans son développement dans le cadre d’une concertation citoyenne élargie.



Jean Charles Clérice (membre du bureau d’une conférence de territoire régionale de santé de l’ ARS)



Données issues de publications de : INSEE , conseil de l’ordre , la lettre Galilée , ARS, caisse régional d’assurance maladie etc……






































































































































10:17 Publié dans SOCIETE | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Article bien documenté sur un sujet sensible. Merci pour cette contribution.

Écrit par : delmar | samedi, 01 février 2014

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